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L’ascension mortelle du Fuego

Video Poster

Le 3 juin 2018, le volcan Fuego (Guatemala) est entré en éruption : sa plus meurtrière depuis 1974. L’émission de lave pyroclastique et de nuées ardentes a engendré la mort de 114 personnes dans les villages alentours.

Deux mois auparavant je gravissais avec insouciance ce géant culminant à 3763 mètres. Ou plutôt son voisin, l’Acatenango (3976m) depuis lequel on peut admirer le « Volcan de feu » (Fuego) vrombir et cracher sa fumée presque toutes les dix minutes. Un spectacle éblouissant que je voulais absolument immortaliser dans le film du même nom ci-dessus.

L’ascension ne fut pas de tout repos et la route fut longue. Nous sommes partis avec un petit groupe de 15 personnes aux alentours de 12h pour gravir un dénivelé d’environ 1500 mètres avec, pour ma part, une charge d’à peu près 15kg sur le dos. Le campement de base a été atteint vers 17h. Je pensais me reposer et admirer le spectacle qui se déroulait de l’autre côté de la vallée quand notre guide proposa de partir en expédition accélérée vers le cratère du Fuego. Ceci engendra la plus belle mais la plus éprouvante épreuve physique de ma vie.

Matériel utilisé

  • Caméra GH5, Sigma 18-35, Metabones Ultra 0.71, GoPro Hero4
  • Pas de trépied
  • Drone Mavic Pro
  • 5 litres d’eau (c’était beaucoup trop surtout quand on sait que 1L=1kg), un mauvais sac à dos Quechua
10 euros le supplément Fuego, ça vaut le coup !

Malgré le supplément tarifaire attractif, sur les 15 membres du groupes, seuls 5 se sont portés volontaires. Délesté du poids de mon sac à dos, mon drone en poche, je me lançais sans eau ni nourriture, avec mon inexpérience de la montagne, dans cette seconde ascension de la journée. La descente du versant de l’Acatenango le séparant du Fuego se fit à la vitesse de l’éclair entre les troncs d’arbres, les rochers et les ravins. Arrivé au pied du Fuego, je suis cuit. Les jambes ? Coupées. Le souffle ? Coupé lui aussi. La lucidité ? Envolée. Soulever une jambe pour mettre un pied devant l’autre devient une torture à cette altitude. Abandonner ? Trop tard je suis dans le creux de la vallée.

« Je peux l’atteindre » – Indiana Jones et la Dernière Croisade

Heureusement, j’ai ma bonne étoile qui m’accompagne. Un couple de randonneurs corses me donne quelques biscuits et un peu d’eau. Juste ce qu’il faut pour atteindre l’objectif : un pallier à 300 mètres du cratère. La nuit tombe, le Fuego fait un vacarme ahurissant, je lance mon petit drone à l’aveugle sans être sûr qu’il puisse revenir, guidé par les seules lueurs du cratère. Et là, une éruption. Un spectacle magnifique (voir film), un feu d’artifice étourdissant mais sans artifice pour le coup, entièrement naturel, presque surnaturel.

Pour les Maya, les volcans sont des lieux sacrés où des forces cosmiques sont présentes en toute chose.

Fuego

Il est temps de rebrousser chemin. Le retour au campement fut encore plus difficile que l’aller. Interminable. Bon dernier du groupe, à la traîne, seul avec moi même, je finis par arriver au campement porté par ce qu’il me reste de mental. Exténué mais fier, avec des images rares dans la tête. Inoubliable.

Auteur : Vladimir Bodiroga