faviconnoir

Fiumara, au rythme de la vie calabraise

Video Poster

En cours de production.

Une immersion poétique au cœur de la Calabre, région la plus au sud et la plus pauvre de toute l’Italie, dans le village de Fossato Jonico.
À quelques kilomètres de la mer, ce village se cache au creux des montagnes de l’Aspromonte, bordé autrefois par une rivière aujourd’hui asséchée. Fiumara est le nom que les italiens donnent à ces rivières qui renaissent parfois lorsque de fortes pluies viennent s’abattre sur la région, comme par miracle. Symbole de vie et de fertilité, l’eau emporte avec elle les ordures jetées ici et là, les bonnes choses comme les mauvaises.
Mais comme les souvenirs mélancoliques d’un autrefois rayonnant, rien ne disparaît vraiment.

09

11

Voici le point de départ de Fiumara, au rythme de la vie calabraise.
Une dame de 100 ans qui se remémore des bribes de sa jeunesse, tout en admirant son arrière-petit-fils déguster les prunes qu’elle lui prépare, un très ancien “médiateur” du village, qu’on décrirait aujourd’hui à tort comme mafieux, en passant par l’ouverture d’un tonneau de vin “fait-maison” et les débats flamboyants qui en découlent, ce documentaire nous entraîne à travers des chroniques de vie, dans un village qui vit presque comme autrefois.

01

Des chroniques écologiques, poétiques et sages au rythme d’un été 2020 en Calabre. Un village qui vit à la vitesse d’autrefois, des habitants de moins en moins nombreux qui essaient coûte que coûte de perpétuer des traditions ancestrales et artisanales.
Des grottes préhistoriques qui s’effondrent au rythme des vibrations d’éoliennes, aux vaches qui ne vivent plus à l’air libre, en passant par la mémoire défaillante des anciens, le passé semble doucement se transformer en souvenir qui s’amenuise. Comme une urgence, la présence de la caméra semble offrir aux plus vieux la possibilité d’immortaliser leur histoire, pour espérer transmettre aux nouvelles générations, à leurs enfants, aux enfants de leurs enfants, une ode à la vie d’avant.

Une vie difficile, certes, mais Ô combien baignée de liberté, de liens sociaux et de connections directes avec notre environnement. Une vie riche, encadrée par des valeurs d’amitié, d’hospitalité, et de fraternité, où on boit, on chante, on joue du piano, on peint et on rit, où la nostalgie se mélange à la mélancolie, qui se mélange parfois au pessimisme d’un présent plus terne, mais où

14

l’optimisme règne en maître, malgré tout. Pendant 52 minutes, Fiumara nous accompagne dans un voyage intime au rythme de la vie calabraise.

Note d ‘intention du réalisateur

Fiumara, au rythme de la vie Calabraise est l’aboutissement d’un travail personnel sur le village de Fossato Jonico. Après avoir réalisé Fossatolio en 2018 (18’) sur la fabrication artisanale d’une huile d’olive locale, où les thèmes de migration et d’exode rurale dévoilaient déjà une mélancolie d’autrefois, j’ai décidé de revenir cet été pour approfondir le sujet, et aller plus loin dans l’intimité de ces habitants. Pendant trois semaines nous avons été entraînés par trois guides, connus de tous dans le village de Fossato Jonico.

L’objectif était de devenir une entité flottante presque invisible, qui suit ces gens, sans un mot : se faire oublier et pénétrer l’intime et pour approcher l’authenticité et la sensibilité de ces gens, les laisser être eux-mêmes, les écouter, ne jamais orienter leurs propos.

07

Tout le film est tourné en caméra épaule avec un seul objectif permettant à la fois de capturer la beauté des grands espaces montagneux, tout en pouvant s’approcher au plus près des hommes, leur regard, leurs gestes, le tout parfois dans un même plans, sans transitions. Les plans longs, parfois “plans-séquences”, sont privilégiés pour tendre au plus près du vrai rythme calabrais, accentuant au mieux l’immersion et la retranscription d’un moment de vie “tel qu’on le vivrait” sur place. On passe donc d’un verre de vin qui se remplit, à la bouche du buveur joyeux. On se tourne alors vers son interlocuteur moqueur, avant de pivoter vers un ami qui écoute, attendant son tour pour en placer une.

03

La caméra est témoin de ce qui arrive en temps réel, sans non plus donner l’impression qu’elle ne maîtrise rien. Comme je ne mets pas en scène, je cadre ce que je veux cadrer, je laisse en hors-champs, je m’approche, je m’éloigne, je resserre. Ils savent que la caméra est là, il la sente s’approcher, ce qui peut parfois les motiver à réagir certes, mais généralement ils en font abstraction.

Dans Fiumara, j’ai voulu dévoiler une facette peu connue de la Calabre, souvent associée à la Mafia, à la violence et aux trafics en tout genre (qui alimenteront toujours les reportages du monde entier.) Je veux montrer des gens qui vivent une vie différente de celle que nous pouvons vivre dans les grandes villes d’Europe, une vie où untel fabrique sa sauce tomate, où untel découpe sa viande pendant qu’un autre met son huile d’olive dans des bouteilles; une vie où tout le monde se rassemble souvent et chacun partage ses produits.

06

Tout le monde semble être artisan, cueilleur, artiste ou chanteur : les gens font, ils n’attendent pas qu’on fasse pour eux. Ils font et ils partagent. Ils récoltent et ils donnent. Ils cuisinent et ils invitent. Fiumara est un film sur l’urgence d’une transmission de valeurs d’autrefois, de souvenirs qui glissent vers les abîmes de la vieillesse, un film sur la sagesse de ceux qui ont vécu au rythme d’avant notre monde moderne, qui essayent de nous alerter sur l’essentiel à côté duquel les jeunes d’aujourd’hui semblent passer. Les personnes âgées (ici centenaires) renvoient forcément à la mort, tout tourne autour de la mort.

 

Dans le film, il y a le passé symbolisé par les aînés qui vont bientôt disparaitre, le présent symbolisé par les jeunes qui ne se rendent pas compte, et l’avenir représenté par deux enfants qui sont là parfois, qui regardent, veulent faire comme les grands, à la fois témoins, spectateurs et qui ne savent pas encore qu’ils sont pourtant la cible. Ils sont la suite.

“Tout se termine un jour, les bonnes choses comme les mauvaises” dit le vieil homme au début du film.

Une phrase qui révèle toute la complexité du message à la fois rassurant, réaliste, sage et pessimiste de Fiumara. On se laisse aller au temps qui passe, quoi qu’il arrive, on aura vécu.08

La musique extra-diégétique est discrète. Un thème revient souvent : une guitare teintée de notes de mandoline intemporelle, méditerranéenne. qui permet d’unir ces chroniques, connecter ces gens, et les englober dans un rythme commun, une mélodie commune. La musique intra-diégétique est offerte par les improvisations spontanées des protagonistes : deux amis autour d’une guitare, un artiste peintre qui surprend par sa voix d’Opéra, un poème improvisé devant une grotte…

15

Le choix d’une voix-off discrète, peu présente, a été décidée dès le départ, pour ne pas abîmer la poésie du réel. Pourquoi raconter ce qui est déjà dit, expliquer ce qui est induit, ou résumer l’émotion que chacun s’est déjà approprié ? La voix off permet en effet de faciliter la lecture d’un film, de grossir les traits de la narration, de tenir par la main.

Ce n’est pas un film tutoriel qui explique comment fabriquer sa sauce tomate, ni comment ouvrir un tonneau de vin, c’est un film qui montre des gens le faire avec passion. Des traditions qui se perdent, une promotion de la simplicité, de l’évidente sagesse.

05

La fibre écologique de ces habitants est mise en avant par cette nécessité de manger local, de manger bien, de bons produits issus de leurs jardins, transformés par leurs soins, sans produits néfastes pour l’environnement, sans centres commerciaux, sans Amazon, sans 2020.
A l’ère du Grand Confinement lié au Covid-19, à l’heure où les gens se tournent vers le local, la simplicité et le fait-maison, Fiumara est un bel exemple à suivre, un véritable retour aux sources, à l’essentiel.

10

 

Auteur : Sacha Bodiroga